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Être à l’aise avec son téléphone, est-ce vraiment maîtriser le numérique ?

Nous n’avons jamais autant utilisé le numérique.

WhatsApp, réseaux sociaux, démarches administratives, achats, banque, recherche d’emploi… Le smartphone accompagne désormais une grande partie de notre quotidien.

Pourtant, une question mérite d’être posée :

utiliser le numérique tous les jours signifie-t-il vraiment être autonome avec le numérique ?

Pas nécessairement.

Une personne peut être parfaitement à l’aise sur son téléphone et rencontrer des difficultés lorsqu’elle doit retrouver un fichier sur un ordinateur, envoyer correctement une pièce jointe, utiliser un tableur ou comprendre pourquoi une démarche en ligne ne fonctionne pas.

Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.

Le problème n’est pas simplement de « savoir utiliser un ordinateur »

Nous avons tendance à classer rapidement les personnes : celles qui seraient « à l’aise avec l’informatique » et celles qui ne le seraient pas.

La réalité est beaucoup moins simple.

Nos compétences dépendent des outils que nous utilisons, mais aussi de ce que notre parcours nous a donné l’occasion d’apprendre et de pratiquer.

Quelqu’un peut gérer parfaitement ses réseaux sociaux sans avoir jamais eu besoin d’organiser des dossiers sur un ordinateur.

Une autre personne peut utiliser quotidiennement un logiciel au travail mais se retrouver en difficulté dès qu’un message inhabituel apparaît.

Ce n’est donc pas seulement une question de génération ou de « talent pour l’informatique ».

C’est aussi une question d’expérience, d’apprentissage et d’environnement.

En Guadeloupe, l’enjeu est particulièrement important

Les chiffres disponibles invitent à regarder cette question sérieusement.

Selon l’ANLCI, une personne sur cinq en Guadeloupe est en forte difficulté avec les compétences de base, contre environ une sur dix à l’échelle nationale. Et parmi les personnes concernées en Guadeloupe, deux sur cinq sont en emploi.

Ce dernier chiffre est important parce qu’il casse une idée reçue : les difficultés avec les compétences de base ne concernent pas uniquement les personnes éloignées de l’emploi.

Elles existent aussi dans les entreprises et les administrations.

Elles peuvent même rester invisibles pendant longtemps.

On demande à un collègue.
On évite certaines tâches.
On reproduit une procédure que l’on connaît.
On trouve une autre manière de faire.

Puis l’entreprise change de logiciel, une procédure devient entièrement numérique ou la personne doit rechercher un nouvel emploi.

Et une difficulté jusque-là contournée devient un véritable obstacle.

Le numérique nous demande aussi de faire davantage seuls

C’est probablement l’une des transformations les moins visibles de ces dernières années.

Lorsqu’une démarche est dématérialisée, le travail nécessaire pour la réaliser ne disparaît pas.

Une partie de ce travail est transférée vers l’utilisateur.

Créer un compte. Retenir son mot de passe. Scanner un document. Le convertir au bon format. Le retrouver. Le déposer. Comprendre un message d’erreur. Recommencer lorsque quelque chose ne fonctionne pas.

Pour une personne autonome numériquement, ces opérations semblent parfois tellement ordinaires qu’elles deviennent invisibles.

Pour une autre, leur accumulation peut suffire à empêcher une démarche.

Et cette réalité concerne directement l’emploi.

L’ANLCI rappelait encore ce mois-ci que rechercher un travail suppose aujourd’hui de pouvoir comprendre des offres, candidater en ligne et suivre les différentes étapes numériques d’un recrutement.

Alors, quelles compétences faut-il réellement développer ?

Pas forcément des compétences informatiques très techniques.

Pour beaucoup de personnes, devenir plus autonome commence par savoir :

retrouver un document, plutôt que paniquer lorsqu’il « disparaît » ;

organiser ses fichiers, plutôt que tout enregistrer au même endroit ;

comprendre un message d’erreur, plutôt que cliquer au hasard ;

rechercher une information et vérifier sa source ;

utiliser correctement une messagerie professionnelle ;

protéger ses données et ses mots de passe ;

et surtout essayer de comprendre ce qui se passe lorsqu’une situation inhabituelle apparaît.

C’est cette dernière compétence qui nous paraît particulièrement importante.

Apprendre à cliquer… ou apprendre à comprendre ?

On peut montrer à quelqu’un :

« cliquez ici, puis ici, puis ici ».

Cela fonctionne.

Jusqu’au jour où le bouton change de place.

Former à l’autonomie demande autre chose : apprendre progressivement à observer, chercher, essayer, vérifier et comprendre.

L’erreur prend alors une autre place.

Elle n’est plus simplement :

Mauvaise réponse.

Elle peut devenir :

Pourquoi cette action n’a-t-elle pas fonctionné ? Qu’est-ce que cela nous apprend ? Que peut-on tester maintenant ?

C’est aussi cette réflexion qui guide progressivement la conception des expériences pédagogiques sur Zoorit.

Nous voulons moins demander :

« Connaissez-vous la bonne réponse ? »

et davantage placer l’apprenant devant une situation où il doit se demander :

« Qu’est-ce que je ferais maintenant ? »

« Je suis nul en informatique »

C’est peut-être finalement la phrase dont nous aimerions le plus nous débarrasser.

Parce qu’elle transforme une difficulté en identité.

On n’est pas « nul en numérique ».

On maîtrise certaines situations et moins bien certaines autres. On possède des habitudes, des expériences et des stratégies différentes.

Et surtout : cela s’apprend.

L’objectif d’une remise à niveau n’est donc pas uniquement de combler des lacunes.

C’est aussi de permettre à chacun de développer suffisamment de repères pour oser chercher, essayer, se tromper, comprendre et recommencer.

Autrement dit : devenir progressivement capable d’agir sans dépendre systématiquement de quelqu’un d’autre.

C’est peut-être cela, finalement, l’autonomie numérique.


Et vous ?

Un fichier a disparu de votre ordinateur.

Vous savez qu’il existe. Vous l’avez utilisé hier.

Mais vous ne savez plus où il se trouve.

Quelle est la première chose que vous faites ?

Bientôt, sur Zoorit, nous ne vous demanderons pas seulement votre réponse.

Nous vous placerons devant le poste de travail.

Sources : données territoriales issues de l’Atlas de l’illettrisme en Guadeloupe de l’ANLCI (2025) et données nationales actualisées sur les compétences de base et la recherche d’emploi publiées par l’ANLCI en septembre 2026.

Consulter l’Atlas de l’illettrisme en Guadeloupe – ANLCI
Consulter les chiffres clés de septembre 2026 – ANLCI


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