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Ni en emploi, ni en études, ni en formation : qui sont vraiment les jeunes « NEET » de Guadeloupe ?

Ils ont entre 15 et 29 ans. Ils ne sont ni à l’école, ni à l’université, ni en formation, ni en emploi. Les statisticiens les appellent les « NEET », un sigle anglais (not in employment, education or training) qui a fini par s’imposer dans les rapports officiels. En Guadeloupe, le phénomène est loin d’être marginal : plus d’un jeune sur quatre est concerné.

Derrière ce chiffre, pourtant, il n’y a pas « une » jeunesse désœuvrée. Il y a des trajectoires très différentes, qui appellent des réponses différentes. C’est ce que montre l’enquête de l’Insee publiée en janvier 2023, et c’est ce que tout formateur constate dès qu’il prend le temps d’écouter.

Un jeune sur quatre, deux fois plus que dans l’Hexagone

À partir des enquêtes Emploi menées entre 2015 et 2019, l’Insee estime qu’environ 16 900 jeunes Guadeloupéens sont dans cette situation, soit 27 % des 15-29 ans. En France métropolitaine, la proportion est de 13 %. La Guadeloupe n’est pas un cas isolé dans les Outre-mer : la Martinique est à un niveau comparable (environ 26 %), La Réunion (30 %) et la Guyane (37 %) sont plus touchées encore.

L’institut avance une explication structurelle : un territoire exigu, un marché du travail étroit, peu d’employeurs et donc peu de « portes d’entrée » pour un premier emploi. Autrement dit, le problème n’est pas d’abord individuel.

Ils veulent travailler

C’est sans doute le résultat le plus important de l’enquête, et celui qui contredit le plus les idées reçues. Près de six NEET sur dix sont activement à la recherche d’un emploi. Environ un sur cinq déclare vouloir travailler, mais ne fait pas de démarches. Au total, huit sur dix expriment le souhait d’avoir une activité.

Ce deuxième groupe, celui des jeunes qui « voudraient » mais ne cherchent plus, mérite une attention particulière. En sociologie, on parle de découragement : après plusieurs refus, des démarches sans réponse ou un passage difficile par les institutions, certains finissent par se retirer. Ce n’est pas un manque de motivation, c’est souvent le résultat d’une accumulation d’échecs.

Quatre profils très différents

L’Insee distingue plusieurs grands profils parmi les NEET guadeloupéens :

  • Les jeunes peu ou pas diplômés vivant chez leurs parents : c’est la moitié des NEET. Ils sont majoritairement âgés de 15 à 24 ans et près de la moitié sont au chômage depuis plus d’un an.
  • Les jeunes parents éloignés de l’emploi : un NEET sur quatre. Dans 95 % des cas, ce sont des femmes, souvent des mères seules, pour qui la question de la garde des enfants pèse sur tout projet de formation ou d’emploi.
  • Les jeunes diplômés en difficulté d’insertion : environ un sur cinq, souvent diplômés du supérieur, qui ne trouvent pas sur place de poste correspondant à leur qualification.
  • Les jeunes en situation d’exclusion : une petite minorité (environ 3 %), cumulant difficultés sociales et éloignement de toute institution.

Un point mérite d’être souligné : si les hommes sont majoritaires parmi les NEET peu diplômés, les femmes le sont massivement parmi les jeunes parents. Les inégalités de genre ne disparaissent pas dans les statistiques globales, elles se déplacent.

Ce que la sociologie apporte à la lecture de ces chiffres

Trois dimensions, souvent invisibles dans les dispositifs, aident à comprendre ces parcours.

La famille comme filet et comme frein. En Guadeloupe, la solidarité familiale reste forte : on héberge, on dépanne, on garde les enfants. Ce filet protège de la grande pauvreté. Mais il peut aussi retarder les décisions, notamment quand partir en formation suppose de s’éloigner ou de réorganiser toute une maisonnée.

Le rapport aux institutions. Beaucoup de jeunes décrocheurs gardent un souvenir douloureux de l’école. Revenir dans une salle de classe, être évalué, recevoir des consignes d’un adulte : tout cela peut réactiver une expérience d’échec. Lors de la présentation de l’étude, l’Insee a d’ailleurs évoqué les difficultés de certains jeunes avec la relation hiérarchique.

Les freins dits « périphériques ». Transport, garde d’enfants, accès au numérique, logement, santé : ces obstacles n’ont rien à voir avec les compétences, mais ils décident souvent de la réussite d’un parcours. Nous y avons consacré un article sur la mobilité, l’autre frein à l’emploi.

Ce qui fonctionne : des parcours qui encadrent et qui mènent quelque part

Certains dispositifs obtiennent des résultats notables. Le Régiment du service militaire adapté (RSMA) de Guadeloupe, par exemple, a indiqué qu’environ 80 % des jeunes passés par l’une de ses trente filières de formation trouvaient un emploi à la sortie. Au-delà de la dimension militaire, ce modèle combine plusieurs ingrédients : un cadre de vie, un accompagnement global, une formation concrète et un lien direct avec les employeurs.

Pour un organisme de formation, quelques principes en découlent :

  • Partir du profil, pas du dispositif : une jeune mère, un diplômé sans emploi et un décrocheur de 17 ans n’ont pas les mêmes besoins.
  • Traiter les freins périphériques dès l’entrée : horaires compatibles avec la garde des enfants, modules à distance, aide au transport.
  • Rendre la formation moins « scolaire » : mises en situation, apprentissage par projet, évaluation bienveillante.
  • Construire des passerelles vers l’emploi : stages, immersions, rencontres avec des employeurs locaux.
  • Aller vers ceux qui ne viennent plus : associations de quartier, missions locales, réseaux sociaux.

Pour aller plus loin : enquêter sur son territoire

Les statistiques donnent l’ampleur du phénomène ; seule l’enquête de terrain en donne le sens. Formateurs, conseillers ou apprenants en insertion peuvent mener leurs propres observations : entretiens semi-directifs avec des jeunes de leur commune, récits de parcours, observation d’un lieu d’accueil. Quelques questions simples suffisent pour commencer : qu’est-ce qui vous a fait arrêter ? Qu’est-ce qui vous ferait revenir ? Qui vous aide aujourd’hui ? Les réponses sont souvent plus éclairantes que n’importe quel tableau.

Sources

  • Insee Analyses Guadeloupe n° 63, « En Guadeloupe, un quart des jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation », janvier 2023 : insee.fr
  • RCI, « Des milliers de jeunes sans emploi et sans formation en Guadeloupe », janvier 2023 : rci.fm
  • Maire-info / AFP, janvier 2023 : maire-info.com

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